L’évolution du modèle économique du développement des jeux vidéo

Deux phénomènes polluent le monde du jeu vidéo depuis environ deux ans, les « alpha early access », comprenez les accès anticipés aux jeux vidéo en phase développement (donc un jeu non terminé) et les contenus téléchargeables « DLC » qui finissent le jeu au lieu de le compléter.

Les early access

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Une opinion sur l’early access parmi d’autres…

Si à la base, le concept peut séduire les joueurs les plus avertis, il connaît aujourd’hui une dérive qui devient malheureusement peu supportable pour la communauté des joueurs. En effet, les premiers early access séduisaient par leur concept innovant, le joueur devenait un peu testeur et cela accentuait son implication dans le jeu en question. Cela permettait de créer des communautés avant même la sortie officielle. Ces joueurs devenaient des ambassadeurs bénévoles du jeu (et faisaient ainsi office de publicitaires).

Les accès anticipés se sont multipliés, les éditeurs de jeux vidéo indépendants en ont usé et abusé. Cela permettait de financer le développement du jeu au fur et à mesure. Sauf que cela a pris une tournure très différente, il y eu un effet start-up : on développe une partie du jeu, on le rend jouable, on appâte un nombre conséquent de joueurs (grâce aux youtubers et streamers connus notamment), on leur fait payer l’early access une vingtaine d’euros en moyenne puis on finit par abandonner le développement du jeu. Le jackpot. On aura réuni une somme conséquente sans délivrer le contenu promis.

Les développeurs ont aujourd’hui perdu un crédit énorme auprès des joueurs. La confiance est sérieusement entamée. Certains développeurs de jeux indépendants sérieux et impliqués dans leur démarche en souffrent et en souffriront.

Les contenus téléchargeables

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Une image très parlante de l’évolution du concept de contenus additionnels

Ce deuxième phénomène concerne plus les gros éditeurs. Un jeu officiel sort prétendument terminé. Mais vous devrez vous acquitter de contenus additionnels (autrefois connus comme extension, qui apportait un réel contenu additionnel mais pas indispensable). Ces contenus, appelés aussi DLC pour Downloaded Limited Content, sont en réalité des parties de jeu qui auraient dû se trouver dans le jeu officiel.

Cela présente deux avantages pour les éditeurs: d’abord de sortir un jeu plus rapidement, en ajoutant du contenu plus tard, ensuite (et surtout), de multiplier le prix réel du jeu en facturant les DLCs. Et ça marche. Cette pratique est très répandue et a un impact très négatif sur la réputation des éditeurs. Cette pratique tend à favoriser le piratage des jeux (déjà très chers lors des sorties officielles).

Ces techniques sont connues de tous les joueurs de jeux vidéo et même les plus convaincus sont aujourd’hui excédés par ce genre de pratiques de la part des éditeurs indépendants ou des poids lourds du secteur. Les critiques montent dans la communauté internationale des joueurs.

Aujourd’hui, il s’agit surtout de réinventer la manière de concevoir le développement d’un jeu vidéo. Certes, la compétition est féroce entre les éditeurs ayant pignon sur rue et les indépendants plus modestes. Mais il est quasi certain que les contenus de qualité et, surtout, complets seront récompensés par les joueurs. Ces derniers ne veulent pas jouer sur des contenus tronqués, buggués. Il faut remettre l’expérience du joueur au centre du développement et mettre en place de bonnes pratiques, la rentabilité économique suivra, c’est certain.

Les avis exprimés n’engagent que leur auteur

Quand les jeux vidéo réécrivent l’Histoire

Tous les gamers ont récemment appris la sortie du fameux Battlefield 1 entièrement consacré à la Première Guerre mondiale. J’ai moi-même été agréablement surpris par cette nouvelle. Cela faisait longtemps que le monde du gaming attendait un jeu de guerre historique et plus encore sur la Grande Guerre, une période trop peu développée et méconnue.

La bande-annonce est impressionnante même s’il s’agit avant tout de cinématique mais c’est le propre de Battlefield (on se souviendra des bandes-annonces époustouflantes des Battlefield 3 et 4). On en salive d’avance. Puis le temps passe et on en apprend plus sur les détails du jeu ou plus exactement ce qui y manque.

La France n’est pas représentée dans le jeu. L’armée la plus importante, la plus puissante dans ce conflit meurtrier tout simplement passée à la trappe par le studio suédois DICE (racheté par l’Américain EA en 2006). La France qui laissera près de 9 millions de morts dans ce conflit et dont la majorité des batailles se sont déroulées sur son sol. Une honte. Une insulte à la mémoire de nos soldats et civils morts pour leur pays.

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« Ouais les gars, en fait, on a décidé que vous n’aviez pas fait grand chose donc… vous comprenez hein ? »

On peut en dire autant de l’oubli de la Russie qui laissera 15 millions de morts avant de se retirer du conflit en 1917 à cause de la révolution bolchevique.

Et ce sont les Etats-Unis qui ont la part belle dans l’histoire de ce jeu. Acteur pourtant minoritaire du conflit. Ils rejoignent les champs de bataille en 1917 avec 500 000 hommes sous-entraînés et sous-équipés. Et dans une jolie tentative de réécriture de l’Histoire, ils nous sauveraient même la mise. Joli sens de l’humour.

Aucun commentaire sur le rôle majeur des Anglais. Présents dès le début du conflit et à nos côtés dans les pires moments, nous saluons leur héroïsme et leur aide.

DICE a annoncé que la France ferait l’objet d’un DLC premium. On corrige l’erreur mais à vos frais… Moyen. L’un des acteurs principaux de la Grande Guerre devra se contenter d’une extension… Très moyen.

Tout compte fait, je ne sais pas si je vais me prendre ce fameux Battlefield. Car oui, je suis un peu blessé dans mon honneur de Français et triste pour la mémoire de nos ancêtres, parfois très (trop) jeunes, qui ont donné leurs vies pour défendre leur pays. Amèrement décevant…

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